18000 Kilogrammes

Potsdam le 15 octobre 2010, une déflagration et une onde de choc intense nous surprennent, moi et les autres étudiants de ma promotion, alors que nous sommes plongés dans nos notes et concentrés sur notre cours dans l’amphithéâtre universitaire. Moment de silence: l’espace d’une minute, on pose nos stylos et on se regarde avec des grands yeux. On est surpris et interpelés bien-sûr, mais une interrogation plus profonde, une anxiété même est palpable… Qu’était-ce? Une deuxième onde de choc, moins puissante que la première, revient exactement dans le sens opposé et qui de nouveau nous donne l’impression que les murs, les chaises, nos corps, bref toute matière est livrée à une force dévastatrice incontrôlable. Tel un choc, je me souviens du jour et je me rappelle exactement du sentiment désagréable d’impuissance que m’a laissé cet effet de souffle.
Potsdam, ville intensivement bombardée par les britanniques à la fin de la seconde guerre mondiale, découvre régulièrement bombes et obus intacts dans ses sols. Ceux-ci sont alors soit neutralisés, désamorcés et transportés, soit les munitions doivent être détruites sur place. Le 15 octobre 2010, il s’agissait de la mise à feu d’une bombe de 250 kg et dont la déflagration fût atténuée par 9 tonnes de pailles la recouvrant. Ce jour là, cette piètre expérience m’a «  ouvert les yeux  » sur l’atrocité de la guerre. Quel cauchemar que de devoir vivre un bombardement en temps de guerre  ! Quelle horreur inimaginable quand les bombes explosent par centaines autour de soi, de sa famille, des ses proches, arrachant des vies par milliers et anéantissant tout! Quels traumatismes profonds et quelles douleurs inguérissables doivent laisser ces bombes de l’enfer dans les chairs, les cœurs et les âmes des survivants  ?

8 Aout 2018 : visite du Mémorial terre-neuvien à Beaumont-Hamel. Durant la visite de ce champ de bataille de la Somme où de nombreux soldats du régiment royal de Terre-Neuve et de l’armée allemande perdurent la vie, un nombre me restera particulièrement en tête et, en me nouant les tripes, me rappellera la déflagration du 15 octobre 2010 : 18 000 kilogrammes

La guerre de tranchées fût épouvantable! La bataille de la Somme qui durera du 1er Juillet au 18 Novembre 1916 est « l’une des batailles les plus meurtrières de l’histoire (hors victimes civiles), avec parmi les belligérants environ 1 060 000 victimes, dont environ 442 000 morts ou disparus. La première journée de cette bataille, fut pour l’armée britannique une véritable catastrophe, avec 58 000 soldats mis hors de combat dont 19 240 morts. » (Wikipédia) Le régiment royale de Terre-Neuve fut quasiment anéanti au matin du premier jour.

Pour vaincre, pour atteindre les objectifs militaires fixés, pour éradiquer l’ennemi: tous les moyens étaient / sont bons. En matière d’innovation, l’homme a toujours fait preuve de «  génie  » (pourrions nous être tenté de dire!) quand il s’agit de cruauté guerrière. La 1ere guerre mondiale a vu le développement radical de l’artillerie lourde et la mécanisation des forces armées. La visite du mémorial de Beaumont-Hamel nous a donné un exemple dramatique supplémentaire sur l’effet dévastateur et gigantesque de l’utilisation de l’artillerie lourde pour pilonner sans relâches les lignes ennemies.
« Sur le  front occidental  comme sur les autres  théâtres d’opérations, pendant cinq ans, l’artillerie française a tiré environ trois cents millions d’obus, labourant les sols, pilonnant les retranchements et poursuivant son duel avec les artilleries adverses. Une telle puissance de feu a nécessité un effort industriel considérable. » Wikipedia

À Beaumont-Hamel, les cratères laissés par les obus et les mines ainsi que les tranchées creusées par les troupes sont toujours visibles, 100 ans après la fin de la grande guerre. Bien que l’herbe y pousse, que des moutons y paissent et que des grands pins offrent de l’ombre aux visiteurs estivaux, le caractère lunaire, stérile et de mort de ce champ d’horreurs où les soldats tombaient comme des mouches sous les obus et les tirs de mitrailleuses est toujours présent.

Ces hommes âgés de 15 à 40 ans, hier paysans, laboureurs, menuisiers, ouvriers, bouchers, banquiers, pères de famille, etc., recrues «  déguisées  » en soldats pour défendre les intérêts d’une élite politique mégalomane et irresponsable, sont sacrifiés pour rien et après un effort surhumain. Les stratégies militaires de la guerre de position sont abracadabrantes. À Beaumont-Hamel le système de tranchées est impressionnant. Comment ces hommes ont-ils pu trouver l’énergie nécessaire pour creuser de leurs mains ces dizaines de kilomètres de boyaux où tous finiront par y laisser la vie  ? La peur  sûrement !

Les troupes allemandes situées à 200-300 mètres des premières lignes britanniques ont érigées des fortifications sur la crête Hawthorn. L’une de leur plus imposante fortification sera la cible de l’ennemi. Les Terre-Neuviens creusent un tunnel et acheminent plus de 18 tonnes d’explosifs afin de construire une mine sous ce blockhaus qui surplombant avec ses mitrailleuses les lignes britanniques représente une menace importante.
18000 kilogrammes d’explosif…  !!!! Soit l’équivalent de plus de 2 semi-remorques pour une seule mine  ! Ce nombre gigantesque est synonyme de la folie meurtrière qui régnait pendant la 1ere guerre mondiale. 18 tonnes à acheminer sous terre jusque sous les lignes ennemies. Un travail éreintant pour une finalité sanglante  : déchiqueter l’ennemi  !

Le 1 juillet 1916, la mine détone 10 minute avant l’heure H, l’heure de l’assaut des troupes britanniques. L’explosion fera un cratère de 40 mètres de large par 15 mètres de profondeur et tuera des centaines de soldats allemands. 10 minutes plus tard les troupes allemandes replacent leurs mitrailleuses sur la crête du cratère formé, représentant une protection de choix. Les britanniques sortis de leurs tranchées seront balayés par les balles ennemies en essayant de traverser un no man’s land de plus de 200 métres de long… Une course vers une mort certaine. Un échec total  ! Comme toute cette foutue et n’importe quelle autre guerre d’ailleurs  !

En mémoire à tous les sacrifiés: plus jamais ca  ! À bas la guerre ! Restons humains, unis et fraternels!

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